Comme le nom ne l’indique pas, je suis africaine et lusophone, née dans le sud de l’Angola. Mon père, qui a de (très) lointaines origines allemandes, a trouvé « Jo Ann » lorsqu'il avait 16 ans et lisait un livre d’Harold Robbins. « Jo Ann von Haff » est un nom totalement improbable car non prononçable en portugais. Mais je suis jalouse de ce nom : il était prédestiné à la célébrité  :-)

 

 A propos

 

Jo 2005 Jo Ann von Haff est née en Angola. D'origines allemandes, portugaises, espagnoles et namibiennes, elle a commencé à voyager depuis son plus jeune âge. Elle a fait ses premiers pas à Cuba, a grandi entre l'Angola et le Portugal, et a passé son Bac Littéraire (français) en Afrique du Sud.

Dès l'âge de 16 ans, elle se met sérieusement à l'écriture, entre poèmes en français et portugais, des romans à l'eau de rose en français. Le temps aidant (et heureusement), les poèmes sont strictement en anglais et les romans ont laissé tomber la rose...

Elle voyage par vocation étant nomade héréditaire, est fascinée par les cicatrices et les traumatismes de tout genre, est fan des conteurs africains, adore la photographie et se sent perdue sans sa tribu nombreuse. Elle défend la mixité culturelle dont elle est un pur produit, et appartient à une catégorie d'enfants qui n'est plus tout à fait une minorité: celle des globe-trotteurs du berceau, trilingues avant qu'ils puissent dire "maman" en quelle que langue que ce soit.

 

                                                                                                            

Propos recueillis par Elisabeth Robert, auteure de « Te souviens-tu de nous ? » (Ed. Pietra Liuzzo) et éditrice aux Éditions Volpilière (Mars 2008)

 

Jo Ann, qu'est-ce qui t'a décidé à prendre la plume pour la première fois ?

J’ai pris la plume par pur mimétisme. En 6ème, ma meilleure amie, une Anglaise qui me fascinait, écrivait de très longs poèmes. Je me suis dit, pourquoi pas moi ?  Pourtant, même si j’ai commencé par la poésie, j’ai développé très vite un plus grand goût pour inventer des histoires. Je n’ai pas débuté avec des contes ou des nouvelles. Pour ça, j’avais les rédactions à l’école ! A l’âge de 16 ans j’avais écrit mon premier «vrai» roman qui s’appelait « Sangue Azul » (Sang bleu : sang royal). Un conte de fées moderne avec des princes et des princesses européens !

Comment écris-tu ? La nuit ? Le jour ? Dans les transports ?

J’écris la nuit presque exclusivement. J’écris de grandes lignes sur papier, je fais de grands schémas familiaux, des liens entre mes différents personnages, j’écris la carte d’identité de chacun d’eux… La préparation d’un nouveau roman m’excite, toutes les idées étranges me passent par la tête. Avec le temps, je choisis les plus simples ;-) Ensuite, je m’attaque à la mise en page. Je retape tout ce que j’ai écrit sur Wally (mon ordinateur), je peaufine, je modifie, le deuxième jet peut être très différent de celui que j’ai écrit sur papier. Il y a une exception, c’est lorsque je participe au NaNoWriMo. Même si j’écris surtout la nuit, je tape directement sur Wally. Il n’y a pas de temps à perdre et il faut toujours mettre le compteur de mots à jour.

J’ai toujours voyagé (train ou avion) avec des livres de brouillon parce que mes idées viennent souvent dans le désordre et je veux être à l’aise pour écrire quand ça me vient, peu importe où je suis. Ce qui n’est pas très pratique lorsque les déplacements se limitent au tramway ou au RER. Alors, en juillet 2006, lorsque je prenais mon petit-déjeuner à la Gare Centrale d’Amsterdam avec ma cousine, elle a jugé bon de m’offrir un carnet de la taille de mon passeport que je pouvais garder dans mon sac à main le plus petit. C’était une idée géniale qui m’a beaucoup touchée. J’ai attendu de rentrer dans le train et de laisser ma cousine sur le quai pour m’y mettre immédiatement.

 Acceptes-tu facilement la critique ?

Je ne peux pas dire que j’accepte « facilement » la critique, mais j’accepte. Il me faut du temps pour digérer (une semaine ?) pour ne pas réagir à chaud, mais après je prends note pour mes prochains travaux. J’ai envoyé une nouvelle pour la Revue des Ressources en Octobre/Novembre dernier, et les lecteurs ont écrit leurs avis (et refusé, bien sûr ;-)). Mais même si pour quelques critiques on a mal, il faut être honnête avec soi-même. Beaucoup des mauvais points qu’on m’a donnés, je savais que c’était 100% vrai ! A moi de bosser.

J’ai réécrit la nouvelle, gardant mes propres rythme et envie, tout en me corrigeant et notant soigneusement les progrès à faire. C’est comme ça que ça marche, et puisque je suis un tantinet perfectionniste, j’essaie vraiment de bien faire. La nouvelle, « A thin Line » a été publiée le 10 mars 2008 sur le site de la revue.

« Croire en soi », est-ce pour toi un leitmotiv ?

Tous les jours je me dis « je vais y arriver », « cette année est la mienne », « tout ira très bien ». Tous les jours, tous les jours. Et si je ne me le dis pas, je le pense très fort ! :-D Je crois dur comme fer que pour que les rêves se réalisent, il faut se le répéter souvent et lutter pour.

Ton enfance n’a pas été facile, tu as côtoyé les bidonvilles, la misère… Qu’en ressort-il aujourd’hui dans ton caractère, tes valeurs ?

Si je veux être honnête, côtoyer la misère n’a jamais été la partie la moins facile de mon enfance. Elle a été difficile pour plein d’autres raisons. C’est peut-être étrange de dire cela, mais lorsqu’on grandit avec un certain environnement, il ne nous choque pas autant. Surtout que mon père est né dans un bidonville, et ma mère vit toujours devant ce même bidonville. Depuis 21 ans, lorsque je repars à Luanda, je le revois et ça ne me repousse pas, c’est un arrière-plan familier.

Ce qui me choque (et repousse) le plus, c’est la saleté. J’ai une mère obsessionnelle, et à force, je le suis devenue aussi. Et dans les bidonvilles, il peut y avoir de coquets foyers. Je me sens à l’aise partout où je suis, pourvu que ce soit propre ! La dernière fois que j’étais en excursion dans la brousse angolaise, on a été accueilli dans une maison faite de terre. Ce qui m’a fait tourner de l’œil, crois-moi, c’est la farine de manioc. Même dans un palace, je ne m’y habituerai jamais ! Un truc de Sudiste, sûrement (en Angola, les gens du Sud comme moi, ne mangent pas de manioc mais plutôt du maïs).

Nos soucis sont ailleurs. J’ai grandi dans un pays en guerre, avec les privations de tous les genres qu’on connaît, d’eau, d’énergie, de nourriture, de médicaments alors que j’étais un enfant très malade. En faisant un test psychologique, j’ai découvert que j’étais traumatisée par la guerre alors que je pensais que les atrocités m’étaient épargnées. Cependant, lorsqu’on me demande ma plus grande peur, c’est sûrement d’être tuée à coups de machette… Nous autres, tiers-mondistes, avons appris le système D. Nous savons faire sans eau courante, sans électricité et avec des patates. J’ai bien grandi. Alors si aujourd’hui je peux me réjouir de manger des sushis et de travailler la nuit sur mon laptop, il y a eu une sacrée évolution.

Mais je n’oublie pas que tout peut recommencer…

Tu écris dans de multiples langues ? Quelle est ta favorite ?

J’ai la chance d’être multilingue. Ayant grandi entre Cuba, l’Angola et le Portugal, dans un système français, à l’âge de trois ans, je parlais l’espagnol, le français et le portugais comme si j’étais native dans les trois langues. Après notre départ de Cuba, mon espagnol est devenu proche du nul, mais je l’ai vite remplacé par l’anglais, que j’ai dû apprendre sous la pression et très vite en Afrique du Sud. Je suis très à l’aise pour apprendre d’autres langues (sauf l’allemand) et j’adore ça.

Si j’ai commencé ma « carrière d’auteure » par de la poésie en portugais ainsi que mes premiers (faux-vrais) romans, très vite, je me suis tournée vers le français qui était et est toujours ma langue de cœur. J’ai toujours été française dans mon éducation, de la maternelle jusqu’à présent. J’ai appris à écrire et lire en portugais très tard et toute seule, j’ai commencé à avoir de vrais cours en CM2 lorsque nous sommes arrivés au Portugal. Très vite, écrire en français est devenu une évidence. Mes romans (les vrais de vrais, ceux avec qui je démarchais les éditeurs) sont tous en français. J’avais délaissé la poésie depuis des années jusqu’en 2004, où j’ai recommencé à écrire, mais cette fois-ci en anglais. Une manière d’exprimer mes sentiments sans pour autant quitter ma pudeur.  Aujourd’hui, je me partage entre prose en français et poésie en anglais. Curieusement, jamais en portugais qui est pourtant ma langue maternelle. Je n’ai pas encore saisi mon déni ;-)

Dis-moi Jo Ann, tu es une jeune femme heureuse dans la vie ? Il te reste encore des rêves à accomplir ?

Je ne suis pas malheureuse. Et j’ai énormément de rêves ! Je n’ai que 25 ans, dire le contraire aurait fait de moi une fille blasée ! J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie, j’ai beaucoup voyagé, j’ai beaucoup vu, j’ai beaucoup vécu. Je n’ai peut-être pas toujours pris les bonnes décisions, j’ai déjà beaucoup d’échecs à mon actif. Je ne rêve que de me relever à chaque fois que je tombe et de mener mes projets à bien.

 

L'interview en entier est chez Elisabeth Robert !

 

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 © Jo Ann von Haff 2006-2008

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[Mise à jour à Montpellier, France - le 5 mai 2008]

 
 

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